Un Mars Challenge et ça repart

Après trois étés consécutifs au service du plus grand distributeur français d’équipements sportifs, j’ai eu l’opportunité cette année de changer complètement d’univers. Grâce à Mickaël Buffaz et son agence (www.agence-mbuffaz.com), j’ai été nommé coordonnateur du Mars Challenge.

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Le Mars « Ride for Help » Challenge est une randonnée cycliste à étapes à but caritatif. Elle réunit des employés du groupe Mars et leurs invités. Des fonds prélevés sur les frais d’inscription des participants ainsi que les dons versés pendant toute la durée du challenge sur une page web dédiée sont reversés à plusieurs associations de chiens d’aveugles (Handi’chiens pour la France notamment). Pendant 5 jours, une trentaine de cyclistes hommes et femmes, effectuent chaque jour une étape de montagne dans les Alpes françaises, sur les routes empruntées par le Tour de France. Ils sont suivis par une équipe d’assistance qui met à leur disposition massages et ravitaillements, assure le fléchage et défléchage des étapes, transporte les bagages, prépare l’arrivée à l’hôtel. En 2015, il s’agit de la 11ème édition.

Ma mission a commencé dès le mois de juillet par la reconnaissance du parcours. Équipé d’un GPS, je devais sillonner les secteurs clés de la randonnée pour confirmer qu’ils étaient empruntables par un peloton de 30 cyclistes. Cela m’a conduit à modifier le parcours de la 4ème étape menant vers La Rosière, car l’accès direct à Bourg-Saint-Maurice par la nationale me semblait dangereux, particulièrement pour un peloton. L’inconvénient, c’est que pour accéder à Bourg-Saint-Maurice et en repartir le lendemain, les cyclistes ont dû emprunter deux fois la même route avec un passage par le col du Tra et la piste cyclable Aime-Bourg Saint Maurice. Mais ce fut une belle découverte et personne n’a semble-t-il regretté d’y passer à deux reprises.

Courant juillet-août j’ai tracé les profils des étapes, mis en page le roadbook avec les cartes correspondantes. J’ai ensuite été mis en contact avec les participants pour régler quelques problèmes d’inscription, préparer leur arrivée au premier hôtel et la liste des chambrées. Tout s’est accéléré la dernière semaine avant le départ avec les désistements de dernière minute à traiter, les courses à faire, les véhicules de location à récupérer, l’équipe d’encadrement à rassembler. Et le dimanche 23, top départ à l’aéroport de Genève pour récupérer la douzaine de participants venus en avion, avant le grand rassemblement à l’hôtel à Aix-les-Bains.

En tant que coordonnateur, j’étais donc chargé de superviser et d’animer le groupe de 29 personnes et des 4 autres encadrants : Marc Pacheco (oui, mon pilote de derny et de demi-fond) qui s’était occupé des réservations d’hôtels, Stéfano le bagagiste/masseur, Firmin aux ravitaillement, et Christian pour le défléchage des parcours et la mécanique. Nous serons rejoints en cours de route par Alain le médecin. Après une prise de contact et un premier briefing d’ordre général, une dernière nuit de repos avant 5 jours marathons.

Concrètement le planning de mes journées était à peu près le suivant :

  • départ de l’hôtel 2 heures avant les cyclistes pour flécher le parcours avec Marc au volant du camion. Le fléchage prend du temps, en particulier lors de la traversée des agglomérations. Il faut se mettre dans la peau du cycliste pour placer les flèches de manière visible et sans ambiguïté, tout en veillant à ne pas en faire trop pour gérer le stock de matériel et ne pas perdre trop de temps;
  • arrivée à l’hôtel suivant : prise de contact avec les gérants, préparation de la collation pour l’arrivée des cyclistes. Une collation pour une trentaine personnes : autant dire que le temps de décharger le camion et de tout installer, il ne faut pas traîner car les premiers ne tardent pas ! Repérage du local vélo, transmission au cuisinier des produits du groupe Mars (pâtes Miracoli et riz Uncle Bens) à préparer en plus du menu habituel.
  • s’il reste du temps, aider Stéfano à monter les bagages et installer les panneaux publicitaires du Mars Challenge;
  • accueillir les participants qui arrivent de manière échelonnée : récupérer leurs premières impressions, réapprovisionner la collation, les orienter vers leurs chambres et répondre à leurs demandes diverses. Pendant cette phase qui semble simple, je suis sollicité à chaque instant : je suis en effet l’interlocuteur principal des participants, de l’équipe hôtelière et de mon staff;
  • lorsque le dernier est arrivé et s’est restauré, rangement de la collation (qui lui aussi, prend du temps…) et de la terrasse de l’hôtel, point sur le stock restant et les éventuelles courses à faire le soir même ou le lendemain matin, comptage des vélos et fermeture du local;
  • préparation du débriefing de l’étape du jour/briefing de l’étape du lendemain;
  • lors du dîner, j’effectue le débriefing/briefing : après avoir donné mon sentiment sur l’étape du jour, introduit l’étape du lendemain et délivré les horaires du petit déjeuner, de la remise des bagages et du départ, j’attribue des « pénalités » qui viennent remplir une tirelire qui grossira les dons du Mars « Ride for Help » Challenge. Tout cela se fait dans une ambiance très bon enfant : les pénalités vont aux distraits qui oublient de récupérer leurs affaires dans la voiture suiveuse, qui sont en retard pour prendre la photo au départ de chaque étape… Je remets également un maillot distinctif à la personnalité du jour, qui se distingue par un beau geste envers les autres ou une attitude remarquable;
  • enfin après le dîner, je réponds à toutes les demandes diverses et qui parfois, prennent beaucoup de temps…
  • sans oublier tout au long de la journée de garder un œil sur le téléphone pour transmettre des informations sur le parcours (déviations, dangers potentiels, emplacements de ravitaillement), recevoir les appels de participants en difficulté (ceux qui s’écartent du parcours ou ont un incident mécanique) et surtout trouver une solution à distance. Avec à chaque sonnerie la crainte d’apprendre un accident, ou bien que les cyclistes se sont tous égarés car j’ai mal posé mes flèches… Ce qui heureusement ne s’est jamais produit.

Il était prévu que je prenne mon vélo pour aller à la rencontre des participants et finir l’étape avec eux, mais vu l’emploi du temps chargé cela a été très difficile. Mis à part les 8-9 derniers lacets de l’Alpe d’Huez que j’ai montés en partie téléphone à la main pour prendre des nouvelles de Christian au défléchage, je n’ai pas pu profiter des superbes parcours. ça n’était pas non plus le but : l’objectif prioritaire étant de s’occuper des clients, il est normal que j’aie sacrifié la partie vélo qui était plus une option. Cependant avec Mickaël, nous voulions introduire le côté « sport de haut niveau » comme un bonus pour les participants : pendant la semaine, je leur ai donné des conseils issus de mon expérience personnelle pour gérer au mieux leur effort. Car même s’il s’agit d’une randonnée caritative et non d’une course, les parcours sont très exigeants (2 000 à 3 000 mètres de dénivelé positif chaque jour) et amènent les cyclistes à puiser au fond d’eux et à se dépasser. A mon sens, c’est aussi cela qui attire l’attention sur la randonnée et fait grimper les dons. De plus, chaque jour certains me demandaient quand je viendrais rouler avec eux : c’est donc aussi une de leurs attentes de pouvoir échanger avec un coureur, même amateur.

Le premier jour a été très difficile : la traversée des agglomérations d’Aix-les-Bains et Grenoble ont rendu le fléchage lent et compliqué, la collation n’était pas encore totalement prête lorsque les premiers sont arrivés, et la pluie diluvienne n’a rien arrangé. Il a fallu s’entasser dans un recoin de l’hôtel pour stocker les vélos et faire l’accueil/collation initialement prévue dehors, ce qui n’était pas confortable. Heureusement dans les jours qui ont suivi nous avons trouvé nos repères, le beau temps a été de la partie et nous avons bien géré notre timing. Progressivement, la confiance s’est installée et l’ambiance a commencé à monter. Le 4ème jour, le parcours du Mars Challenge se terminait à la Rosière, comme le Tour de l’Avenir. Grâce à Mickaël, Marc et Philippe Colliou, ils ont pu effectuer la montée finale avant l’arrivée des coureurs, puis assister à l’arrivée dans le bus VIP avant de rencontrer Bernard Hinault et se voir remettre en cadeau un maillot collector d’Alpes Vélo, la structure qui organise notamment le Tour de l’Avenir, les packs cyclosportifs sur le Tour de l’Ain et le Mars Challenge. Un bon moment partagé avant une 5ème et dernière étape sans encombre et une dernière soirée à l’ambiance très chaleureuse.

J’étais venu au Mars Challenge convaincu que cette expérience serait profitable dans la perspective de devenir ingénieur. Je voulais me mettre en difficulté, me lancer dans l’inconnu et faire l’expérience de la gestion d’un groupe conséquent et exigeant tout en communiquant presque exclusivement en Anglais. Et j’ai été servi : sous un stress permanent, chaque jour voyait son lot de nouvelles difficultés survenir. Et à chaque problème, sa solution à trouver le plus rapidement possible. Il a fallu s’adapter tout en conservant entrain et motivation. J’ai poussé un grand « ouf » de soulagement à la fin de la dernière étape.

Le groupe Mars et le staff avec Bernard Hinault. La Rosière, 27/08/2015. Photo Mickaêl Buffaz
Le groupe Mars et le staff avec Bernard Hinault. La Rosière, 27/08/2015. Photo Mickaël Buffaz

Le Mars « Ride for Help » Challenge est un défi sportif, mais aussi et surtout une belle aventure humaine. C’est difficile à décrire, mais j’ai vécu des choses très fortes durant cette semaine. Nous avons partagés de très bon moments, et les passages difficiles une fois surmontés ont aussi contribué à enrichir cette expérience. Je me suis investi à fond tout comme l’ensemble du staff, et les participants ont eu un très bel état esprit. Leurs témoignages de sympathie à la fin du séjour m’ont marqué et donnent déjà envie d’y revenir malgré l’exigence de la tâche. Mais je vais me laisser un peu de temps pour méditer tout ça.

A présent je suis de retour à Lyon, prêt à rattaquer dès demain les compétitions. Et de reprendre le chemin de l’école dans 2 semaines. Un Mars Challenge et ça repart…

Une dernière fois, un immense merci à Marc, Stéfano, Chrisitian, Firmin et Alain pour leur aide précieuse. Leur investissement a permis de faire de cette semaine une réussite pour tous. Cela ne se serait pas passé aussi bien sans eux ! Sans oublier Alain le chauffeur de bus qui s’est montré très disponible et ultra flexible. Merci aussi à Mickaël qui a eu la folle idée de me lancer là-dedans, ainsi qu’à Alpes Vélo. Et bien sûr, merci aux 29 participants sans qui rien ne serait possible !

A l’heure où j’achève cet article, le Mars « Ride for Help » Challenge a permis de lever 20 826 euros au profit des associations : Guide Dog (Royaume-Uni), Pedigree Foundation (Etats-Unis), Handi’chiens (France), Hunde für handicaps (Allemagne), et Dyadis (Belgique). Les dons sont encore ouverts sur la plate-forme: betterplace.org.

About the author

Mi-cycliste, mi-étudiant en ingénierie mécanique à l'INSA Lyon.
En échange Erasmus à l'Université du Pays Basque à Bilbao pour l'année 2018/2019. J'ai regardé 300 fois "l'Auberge Espagnole" et "Le vélo de Ghislain Lambert" avant de me lancer dans l'aventure.

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