Tour de Sisteron : un bel apprentissage

Alors que le Tour de France s’élançait de Hollande, j’étais avec mes équipiers Corentin et Vincent au départ du « Grand Prix des Mutuelles » de Sisteron. Il s’agit d’une course de 3 étapes sur 2 jours, disputée cette année sous la canicule.

Mini-équipe, maxi-solidarité !
Mini-équipe, maxi-solidarité !

J’avais déjà participé une fois en cadet et une fois en junior à des épreuves avec un chrono le matin et une course en ligne l’après-midi. Sur piste, j’ai aussi souvent enchaîné les épreuves sur plusieurs jours, notamment aux 2, puis 3 Jours de Genève. Mais c’était la première fois que je courais une épreuve de route sur 2 jours. La faute notamment aux examens du bac qui ont la bonne idée de tomber en même temps que les courses par étapes en Île-de-France : pendant mes deux années de junior, j’ai préféré lever le pied sportivement en mai-juin pour privilégier le bac.

C’était donc pour moi une grande première, et je ne savais pas trop à quoi m’attendre, puisque ma dernière course sur route datait du 24 mai. Depuis j’avais enchaîné (dans le désordre) : 2 courses sur piste, 1 chute, 1 contre-la-montre et 2 week-ends sans courses, et à l’entraînement les sensations étaient loin d’être au top. Corentin également était resté longtemps sans courir, seul Vincent avait enchaîné plusieurs grosses courses et montait en puissance. Nous sommes partis tous les trois en autonomie avec le véhicule du club, et le père de Vincent nous a rejoint sur place. Il avait installé son camping-car au camping de Sisteron pendant que nous étions dans un (très agréable) gîte, et nous rejoignait dans la journée pour nous ravitailler sur le bord de la route. Enfin nous avons confié à chaque étape en ligne une paire de roue et quelques bidons au directeur sportif du club d’Aix-en-Provence, car nous n’avions pas de dirigeant licencié pour nous suivre en voiture.

J’ai bien failli abandonner au kilomètre zéro. C’est parti fort dès le départ réel et j’étais plutôt bien placé, mais les coureurs de tête n’ont pas signalé un gros trou dans la chaussée. J’ai vu le coureur devant moi se coucher sur son cadre, j’ai suivi en restant sur ma selle mais ma chaîne a sauté, et est venue faire 2 tours autour de la boîte de pédalier ! Impossible de la débloquer, j’ai dû m’arrêter sur le bas-côté. Le directeur sportif d’Aix s’est arrêté et est venu m’aider, puis les bénévoles du camion balai nous ont rejoint. Finalement nous avons pu décoincer la chaîne et j’ai pu repartir… 5 minutes après le peloton. S’en suit une longue séance de « derrière voiture » (merci le demi-fond pour la technique) avant de pouvoir réintégrer le peloton plus de 20 kilomètres plus loin, au pied de la première bosse. Mais je n’ai pas le temps de remonter suffisamment le peloton, des cassures se forment et je bascule dans le 3ème groupe, qui fera « gruppetto » et finira à 12 minutes. Heureusement devant Vincent termine dans le premier groupe de 15 coureurs, Corentin est dans un second groupe à 6 minutes. A l’arrivée j’ai remercié le DS d’Aix-en-Provence sans qui j’aurais probablement dû monter dans le camion balai dès le départ !

Le lendemain matin, les 3 Lyonnais que nous sommes réalisent un contre-la-montre homogène (les 3 mêmes temps à 10 secondes près) et honorable : à environ 1’20 » du vainqueur sur 10 kilomètres. Avec un gros manque d’expérience et sans matériel spécifique, quand on sait qu’un guidon profilé permet de gagner jusqu’à 6 secondes au kilomètres sur terrain plat*… Je me suis promis de revenir avec un vélo adapté l’an prochain. Et aussi de meilleures jambes !

A l’issue du contre-la-montre, Vincent pointe à la 9ème place du classement général. Notre objectif pour l’étape de l’après-midi, au profil escarpé, est de l’amener dans les meilleures conditions pour qu’il conserve son top 10, voire mieux. Dès le début de l’étape, nous nous focalisons sur cet objectif. Corentin et moi jouons notre rôle d’équipiers à fond. Corentin réalise un début d’étape formidable, replaçant sans cesse Vincent, avant de s’écarter dans le premier « grimpeur » : le col des Sagnes. Vincent bascule avec les meilleurs, pas moi : je me retrouve isolé un peu plus loin avec 3 autres coureurs. Derrière, c’est éparpillé. Je continue comme je peux en m’accrochant. Dans la descente du deuxième GPM, je commence à me dire que je n’aurais pas été très utile comme équipier, lorsque je rattrape… Vincent, pris dans une lourde chute ! Nous entamons alors une poursuite à fond qui se terminera au pied de la descente. J’accompagne Vincent jusqu’au bout de l’étape, sautant dans les bosses mais revenant dans les descentes pour veiller aux ravitaillements et tenter de le replacer, lui éviter de prendre du vent. Il est sérieusement touché par sa chute, mais cela ne l’empêche pas de régler le sprint du peloton au sommet de l’ultime montée, derrière une échappée sans danger au général. Il se classe finalement 8ème du général ! Une vraie performance et une belle récompense pour notre trio, je devrais même écrire quatuor car il ne faut pas oublier Jo, le papa de Vincent qui a été impeccable aux ravitaillements et aux encouragement tout au long du week-end.

Sans directeur sportif, à 3 coureurs pour gérer la course et tous ses à-côtés, nous avons réussi à placer notre leader au général. Au milieu des grosses équipes avec 6, 7 voire 10 coureurs, et un staff pour suivre la course, gérer les trajets et toute la logistique, je crois que nous n’avons pas à rougir. Surtout, nous avons gagné énormément d’expérience sur ces 2 jours. Courir sur un parcours en ligne avec un classement au temps à défendre n’est pas du tout la même chose qu’une course d’un jour sur un circuit. Nous avons expérimenté la protection rapprochée d’un leader. Autant dire que c’est beaucoup plus facile à la télévision. Il faut vraiment être continuellement à l’affût, se trouver dans le peloton, réussir à rester ensemble, communiquer… Et faire beaucoup d’efforts. Être équipier, c’est vraiment un métier. Cela rend les coureurs professionnels qui font cela toute l’année d’autant plus impressionnants à mes yeux.

Une chose est sûre : nous nous souviendrons longtemps de ce Tour de Sisteron, et nous y reviendrons !

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Un beau coucher de soleil pour terminer la première étape.

*d’après une étude de Frédéric Grappe sur le duel Lemond-Fignon lors du contre-la-montre final du Tour de France 1989

About the author

Mi-cycliste, mi-étudiant en ingénierie mécanique à l'INSA Lyon.
En échange Erasmus à l'Université du Pays Basque à Bilbao pour l'année 2018/2019. J'ai regardé 300 fois "l'Auberge Espagnole" et "Le vélo de Ghislain Lambert" avant de me lancer dans l'aventure.

Comments

  1. Bonjour Hugo.
    Pour une première vous vous êtes superbement débrouillés. Tel que tu en fais le récit, on a l’impression de le vivre et surtout de voir la course. Ta Tante te le dis, tu aurais pû faire un génial journaliste sportif. Bravo encore pour votre courage à tous les 3 et surtout votre amitié sportive. biz

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