Aventures Genevoises #1 : Le lion, la vache et le renard

Petit retour en arrière pour évoquer un moment fort de l’hiver 2014/2015 :

Les 3 jours de Genève font partie des courses que je ne manquerais sous aucun prétexte. Depuis ma première participation en 2011 sous les couleurs de l’AV Thiais, cette compétition est devenue un repère, un point de passage obligé dans l’hiver pour évaluer ma progression chaque année.

Pourtant, j’ai bien failli manquer l’édition de décembre 2014. La faute à un concours de mauvaises circonstances : tout d’abord, mon équipier de 2013 (et de tout l’hiver 2013-2014 d’ailleurs !), Vincent Martins, a dû déclarer forfait pour raison de santé. Puis c’est un changement de règlement qui m’empêche de former une paire avec mon collègue de l’INSA Louis Richard car il est encore Junior, pour 2 semaines à peine car il passe Espoir le 1er janvier 2015 ! Notre inscription est ainsi rejetée par l’organisation.

J’étais donc résolu à ne pas participer cette année, et dépité. Mais le jour même du début des épreuves, j’apprends que suite à un désistement de dernière minute, un coureur italien se retrouve sans partenaire. Les épreuves débutent à 19 heures à Genève, il est midi et je suis à Villeurbanne, je n’ai pas de voiture et mon vélo de piste est enfermé dans un box au vélodrome de la Tête d’Or. Bref, impossible de m’y rendre à l’heure et je suis en train de rater une belle occasion de courir ces 3 Jours. Je ruminais tout cela en préparant mon déjeuner quand une amie au courant de la situation me souffle « saute dans un train ! ». Ni une, ni deux, j’abandonne mon épluchage de légumes pour chercher sur le web un aller-retour Lyon-Genève. Et le trouver. Puis grâce à Vincent je récupère le numéro de téléphone de l’Italien, un certain Luca Salvadeo, habitué du vélodrome de Genève. Je ne parle pas un traître mot d’Italien, il baragouine un peu de Français, suffisamment pour me dire « Tu veux faire la course avec moi ? » Il ne nous en fallait pas plus !

Commence alors la première épreuve de ces 3 Jours : un contre-la-montre pour aller chercher le vélo de piste, le ramener jusqu’à l’appartement, le démonter et le caser dans une valise de transport avec des vêtements et quelques affaires triées sur le volet. Puis traîner la valise jusqu’au tramway direction la gare, et embarquer pour Genève. Enfin, une course en taxi et j’atteins le vélodrome pendant le briefing coureurs.

Je prends le départ de la première course avec encore du poil aux pattes (forcément, je n’avais pas prévu l’épilation…), ce qui ne manque pas d’attirer l’attention. Un rapide passage par le vestiaire et c’est réglé. Reste un « petit problème » à résoudre : je n’ai pas d’hébergement. Alors, je fais le tour du quartier des coureurs : j’en parle aux autres concurrents dans l’espoir de trouver une place dans une chambre d’hôtel. C’est finalement auprès de l’équipe PMU Raspou Team de Lorenzo Pioletti et Nich Smith que je trouverai refuge. Ils ont réservé une chambre à l’hôtel Ibis le plus proche et par chance il y a une place en plus ! Une chance d’avoir pu partager les frais avec eux car 2 jours dans un hôtel Genevois, sans réservation préalable, ça n’est pas donné. En plus de ça, Lorenzo et Nich ont été incroyablement gentils, et Lorenzo n’est pas le dernier pour mettre l’ambiance au vélodrome !

Lorenzo (en vert) paie le champagne après la course aux points !
Lorenzo (en vert) paie le champagne après la course aux points !

 

Sur les épreuves type « 6 Jours » que sont les 3 Jours de Genève, le classement se fait en fonction des tours pris ou perdus lors des courses à l’américaine, ou « madison ». Ce sont des courses où les 2 équipiers se passent les relais à la volée. Les autres courses attribuent des points qui permettent de départager les équipes dans le même tour. Lors de la première soirée de ces 3 Jours, il n’y a pas de madison au programme, seulement des courses annexes. Luca et moi décidons donc de rester sages et de nous ménager en vue du lendemain.

Le lendemain, après l’échauffement et les premières épreuves, Luca me répète à plusieurs reprises la même question : « Hugo ! Tu a la flemme ? » Ce qui avec son accent italien donne « Hougo ! Tou a la flemme ? » Cette petite pique plutôt comique deviendra notre code pour les épreuves restantes. Luca n’est pas tout jeune : c’est le vétéran du peloton, il pourrait presque être mon père ! Même s’il reste un bon coureur, il n’a plus les jambes de ses 20 ans, en revanche moi j’ai bien 20 ans : à moi d’avoir les jambes qui vont avec, d’être mobilisé à fond pour tenir physiquement le duo. Donc pas question d’avoir la flemme ! Mais si Luca n’a plus les jambes de sa jeunesse, il possède en revanche l’expérience et le coup d’œil du pistard expérimenté. C’est un fin limier, un vrai renard des pistes qui sait piéger ses adversaires a priori pourtant plus forts

Et c’est ce qu’il fait dans la madison du 2ème jour, lorsqu’il attaque dès le départ, au moment où les équipes se cherchent et préfèrent se mettre en route progressivement. Le ton est donné, nous allons passer toute la course en prise pour faire le break ! Le trou est fait rapidement, nous devons tenir le rythme pour prendre un tour. Je me souviens encore des mots de Luca qui insistait sur la technique au passage des relais en me demandant de bien forcer sur les bras pour gagner de la vitesse : « Push hard, Hugo ! Push hard ! »

"Push hard Hugo ! Push haaaard !"
« Push hard Hugo ! Push haaaard ! »

Et je pousse ardemment sur les bras, tire et pousse tout autant sur les jambes. Nous sommes la première équipe à nous procurer un tour d’avance, avant d’être rejoindre par deux autres qui nous battront finalement aux points. A la fin du 2ème jour de compétition, nous somme 3èmes dans le même tour que les leaders ! La « tête » du renard des pistes, les jambes du jeune loup : notre duo improvisé a bien fonctionné !

Le lendemain, malgré une nouvelle madison très offensive, nous perdons le podium dans la dernière manche suite à une double crevaison de Luca. Nous terminons 5ème de ces 3 Jours de Genève, un peu déçus de perdre la 3ème place pour si peu. Mais c’est plutôt le sourire qui l’emporte au vu de notre parcours : nous avons vraiment été acteurs de la course, alors même que nous avons bien failli ne pas y participer ! Pour la photo souvenir, Luca pose dans le maillot de son entreprise, qui lui fournit ses tenues. Il arbore ainsi une vache violette internationalement connue. Quant à moi je porte un t-shirt du Lyon Sprint Evolution flanqué d’un lion. Cela fera dire à Luca : « Nous nous sommes battus comme des lions… En effet, comme un lion et une vache. » Un lion, une vache et surtout un renard des vélodromes : on croirait une fable de La Fontaine. Mais non, c’est juste un week-end de course au vélodrome de Genève !

La vache et le lion, ensemble pour les 3 Jours de Genève 2014.
La vache et le lion, ensemble pour les 3 Jours de Genève 2014.

 

Photos Lorenzo Pioletti/William Fracheboud.

About the author

Mi-cycliste, mi-étudiant en ingénierie mécanique à l'INSA Lyon.
En échange Erasmus à l'Université du Pays Basque à Bilbao pour l'année 2018/2019. J'ai regardé 300 fois "l'Auberge Espagnole" et "Le vélo de Ghislain Lambert" avant de me lancer dans l'aventure.

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