C’est le printemps !

C’est le printemps !

Cette fois-ci, nous y sommes : les jours rallongent, les températures s’élèvent, c’est le printemps ! Les projets bourgeonnent, les cyclistes sortent au grand jour, les automobilistes et les incivilités aussi.

Les premières courses sur route, qui arrivent à la fin de l’hiver, marquent pourtant l’ouverture d’une nouvelle saison : la saison cycliste. Et c’est l’occasion pour tous de s’étalonner par rapport au peloton. Personnellement, l’évaluation est positive, mais il manque quelque chose : j’ai démarré par deux 2ème places en deux semaines. Je ne m’attendais pas à de tels résultats si vite donc tout ceci est satisfaisant, mais j’aurais aimé concrétiser ces bonnes sensations par une victoire. C’est passé vraiment tout près puisque sur ma deuxième course, je suis battu à la photo-finish après m’être fait remonter dans les tous derniers mètres.

"Bon sang ! J'ai encore fait 2 !" Photo Happy Biscotte
« Bon sang ! J’ai encore fait 2 ! » (non, je n’ai pas levé les bras avant la ligne…) Photo Happy Biscotte

Mais je n’ai pas eu vraiment le temps de cogiter, puisqu’après cette évaluation de reprise est venu le temps de l’évolution. En effet, j’ai enchaîné un bloc de trois courses en 1ère catégorie, dont une en Elite Nationale. Face à un niveau très élevé j’ai pu constater ma progression par rapport à la saison dernière, mais je manque encore de fond pour pouvoir espérer quelque chose sur ces courses. Sur la Transversale des As de l’Ain, j’ai péché par excès de générosité dans l’effort avant de prendre bêtement une cassure; sur le Grand Prix de Saint-Etienne, il m’a manqué 2 kilomètres pour basculer avec les 40 rescapés du peloton au sommet du dernier col. A ce niveau-là la moindre erreur se paie très cher. Si ces courses n’apportent ni pour moi, ni pour le club, aucun résultat concret, elles nous permettent d’espérer progresser.
[Mise à jour] Il s’écoule parfois plusieurs semaines entre mon brouillon et mon article… Entre-temps j’ai vécu de grosses émotions : des frustrations mais aussi des frissons sur la Ronde Cycliste de la Haute-Saône, première course à étape de la saison. Je ne raconterai pas tout ici, ce serait trop long… Mais pour résumer, j’ai vécu trois jours intenses avec une petite équipe qui a une grosse envie de bien faire. Un résultat à l’arrivée avec un maillot de meilleur grimpeur gagné après une longue échappée, assorti d’une 6ème place au général. Même si ça ne vaut pas un maillot jaune ou les bras levés à l’arrivée d’une étape, nous sommes allés le chercher loin : quelques jours avant l’épreuve, notre staff n’était pas complet, impossible de faire le voyage; mon vélo était inutilisable, bref c’était mal engagé. Nous avons vécu quelque chose de très fort et même si je monte seul sur le podium pour aller chercher le maillot, il y a du monde derrière tout ça qu’on ne remerciera jamais assez. Mais les courses s’enchaînent, pas le temps de cogiter et nous avons déjà de nouveaux défis à relever. Et ce week-end, petit soulagement puisque j’ai enfin gagné sur la piste après un nombre déjà conséquent de podiums. Cerise sur le gâteau, c’était le prix Georges Préveral organisé par mon club.

A l'arrivée de la Ronde de Haute-Saône, les coureurs et le staff.
A l’arrivée de la Ronde de Haute-Saône, les coureurs et le staff.

Le rythme s’est donc intensifié sur le plan sportif. Mais le plan scolaire n’est pas en reste : le second semestre est aussi la saison des projets. Projets de groupe, projets individuels, en autonomie totale ou encadrés : il y en a pour tous les goûts. En ce moment donc, je joue au « cumulard ». En plus du projet DIERE et du PPH que j’avais déjà rapidement présentés ici, je dois composer avec un projet de conception (plancher escamotable d’une station de télécabine) et un projet de production (étude complète d’une pièce chambre de mélange monobloc, de son moulage de fonderie aux dernières opérations de finition). Si ces deux projets ont du temps alloué dans l’emploi du temps, celui-ci n’est évidemment pas suffisant et il faut trouver du temps en dehors des cours pour avancer. A ces projets s’ajoutent quelques TP (et leurs inévitables comptes-rendus qui demandent un minimum de réflexion), et bien sûr les cours traditionnels qui continuent d’avancer et dont il ne faut pas perdre le fil. Le point positif est que les cours prennent une tournure de plus en plus concrète. Je commence à percevoir les liens entre les matières, une trame de fond qui se tisse et dont il est assez agréable de deviner les contours petit à petit. Mais je reste bien conscient que j’ai encore beaucoup à apprendre, d’autant plus qu’avec mon aménagement de scolarité, j’avance à un rythme plus lent. C’est d’ailleurs l’impression qui domine : plus j’avance dans mes études, plus je comprends que j’ai tout à apprendre. L’INSA a pour vocation de former des ingénieurs généralistes, et c’est particulièrement vrai en GM. Nous touchons à des domaines de la mécanique très variés, des matériaux à la modélisation numérique. Cela nous permet d’avoir un bon aperçu de chaque domaine et une vue globale qui nous rend plus performants dans la conduite de projets. Et comme le niveau d’exigences est tout de même plutôt élevé dans certaines matières, nous nous rendons vite compte que nous sommes loin d’avoir la connaissance et la maîtrise des spécialistes. De plus, cette année, les travaux pratiques se font au sein des laboratoires de recherche (et non plus dans des plate-formes destinées aux étudiants) et sont encadrés par des enseignant-chercheurs ou des doctorants. C’est finalement un changement assez important, car nous avons une idée des thématiques de recherche et des moyens mis en œuvre. Certains professeurs utilisent en cours des documents issus des travaux de leurs laboratoires. La recherche était toujours restée un domaine assez flou pour moi, j’ai maintenant une petite idée sur la forme qu’elle peut prendre. Le projet DIERE a beaucoup aidé pour cela aussi.

Projet de production : "voilà le plan, à vous de jouer"
Projet de production : « voilà le plan, à vous de jouer »

Pour finir, un constat alarmant : ce printemps, il y a du monde sur la route et la cohabitation ne se fait pas toujours. Après les accidents survenus lors des stages hivernaux, dont le plus médiatisé est celui qui a blessé plusieurs coureurs de l’équipe Giant-Alpecin, le monde du cyclisme s’est trouvé endeuillé par le décès de Romain Guyot lors d’un accident avec un poids lourd à la fin d’un entraînement. J’ignore les circonstances exactes du drame, mais le constat est sans appel : en France, les cyclistes sont loin d’être en sécurité sur la route. Est-ce la multiplication des accidents médiatisés chez les pros ? Mon ami Paul qui a fait connaissance avec le pare-choc d’une auto à l’entraînement, heureusement sans gravité ? La loi des séries ? Toujours est-il que j’ai relevé un nombre important de comportements dangereux d’automobilistes. La même semaine, alors que je me rendais à l’école à vélo, un automobiliste qui « ne m’avait pas vu » m’a littéralement roulé dessus : alors que j’attendais arrêté à un carrefour pour laisser passer les voitures venant de ma droite, cet homme est arrivé derrière moi, et pressé de continuer sa route, s’est engagé, heureusement à très basse vitesse. Grosse frayeur quand j’ai senti le pare-choc qui poussait derrière ma roue arrière ! Puis au même carrefour, en rentrant de cours cette fois, un autre automobiliste coupe son virage et me frôle. Mais le sommet, je l’ai atteint le jeudi après-midi à l’entraînement. Je roulais avec un ami et, traversant le centre-ville d’une localité sur notre chemin, nous nous engageons sur un rond-point dégagé. Une grosse berline arrive en trombe (et pas à 50 km/h), s’engage sur le rond point et arrive sur nos talons. Le conducteur n’a pas apprécié de devoir ralentir et l’a manifesté. Vu de l’extérieur, ça ressemblait à un poisson enfermé dans son bocal, qui ouvre grand la bouche sans qu’on puisse l’entendre. Il n’a pas apprécié non plus qu’on lui tienne tête et, après nous avoir doublé, s’est arrêté (visiblement il n’était plus pressé) pour sortir de sa voiture et nous prendre à partie. Mais nous n’avons pas stoppé notre route -il valait mieux vu son agressivité- et l’avons laissé là à brasser de l’air.
Une bien triste aventure qui n’est qu’une parmi d’autres. Pour ce « pays de vélo » qu’est la France, nous sommes en retard sur nos voisins Européens, tant au niveau du civisme qu’au niveau des infrastructures (vraies pistes cyclables distinctes de la chaussée automobile, etc…). Je ne souhaite pas rentrer dans une guerre ouverte aux automobilistes. Étant moi-même conducteur, je sais que notre vision et notre appréciation ne sont pas du tout la même au volant d’une voiture et au guidon d’un vélo. Il m’est même arriver après coup, de regretter d’avoir doublé d’un peu trop près un cycliste dans le centre-ville de Villeurbanne, alors que finalement je m’étais retrouvé arrêté 200 mètres plus loin au feu et que le cycliste, plus à l’aise dans la circulation, m’a doublé à son tour… Depuis je fais plus attention : pas question d’organiser des « opérations escargot » pour rester derrière les cyclistes, mais j’évalue mieux les situations, et si je dois rester 10 secondes derrière un cycliste en attendant d’arriver sur une route plus large ou à une intersection, et bien je patiente les 10 secondes, et je fais patienter ceux qui me suivent. C’est une question de bon sens !

A propos de bon sens, je voudrais aussi avoir une pensée pour les organisateurs de la Transversale des As de l’Ain, qui ont eu la surprise de voir le cortège des véhicules de suiveurs arrêtés pour excès de vitesse lors du passage de la course en ville. Oui, ce dimanche 20 mars, en plein après-midi, sur le plateau d’Aranc (c’est-à-dire, assez loin des zones urbaines), une patrouille de gendarmerie avec radar mobile attendait le passage de la course ! Les véhicules des directeurs sportifs suivaient le premier peloton, qui, à quelques kilomètres de l’arrivée, ne se souciait guère des passages en zone 30. Rappelons tout de même qu’il s’agissait d’une course, encadrée par un important dispositif de sécurité et de neutralisation de la circulation, par ailleurs quasi nulle dans cette zone montagneuse, surtout un dimanche… Fort heureusement pour le LSE, notre voiture n’a pas commis d’excès de vitesse car elle était derrière moi, et j’étais lâché et lessivé !

Enfin, pour terminer sur une note plus gaie, rappelons tout de même qu’il y a encore des chauffeurs de poids lourds qui nous doublent à plus de deux mètres pour éviter l’appel d’air, s’arrêtent aux ronds-points même lorsqu’ils sont prioritaires pour laisser passer les cyclistes; des bénévoles pour donner de leur temps sans qui de belles courses comme la Transversale, le Grand Prix de Saint Etienne, la Ronde de Haute-Saône n’existeraient pas; des enfants qui crient « allez le Tour de France » quand on passe devant leur école à l’heure de la récréation; des habitants qui sortent sur le pas de leur porte pour applaudir tous les coureurs du premier au dernier, même s’il faut l’attendre une demi-heure… Des gens qui récupèrent les paires de roues oubliées par les coureurs distraits, et leur rendent aussi 😉 ; bref, des gens peut-être moins pressés et plus ouverts, pour qui le cyclisme signifie encore quelque chose.

About the author

Mi-cycliste, mi-étudiant en ingénierie mécanique à l'INSA Lyon.
En échange Erasmus à l'Université du Pays Basque à Bilbao pour l'année 2018/2019. J'ai regardé 300 fois "l'Auberge Espagnole" et "Le vélo de Ghislain Lambert" avant de me lancer dans l'aventure.

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