La Coupe n’est pas pleine

La Copa, c’est jusque-là 7 manches dont 6 en un mois. Et ce n’est pas fini…

Ce mois de mars à été pour moi d’une rare intensité. Sur le plan sportif d’abord, avec 5 manches de Coupe d’Espagne, plus une pour ce premier week-end d’avril. Sur le plan universitaire également, avec une quantité importante de travail à fournir pour valider projets, devoirs et examens qui s’enchaînaient à un rythme très rapide. L’un comme l’autre sont loin d’être insurmontables, mais le cumul des deux est usant. Ce mois-ci, j’ai peu dormi, et accumulé les heures dans les transports (vers l’école où vers les courses aux quatre coins de l’Espagne) et donc accumulé de la fatigue.

Cela peut paraître simple, mais suivre un cours demande énormément d’énergie. La langue n’est plus un problème (elle n’en a jamais vraiment été un) mais le rythme est beaucoup plus rapide que ce que j’ai connu en France (en raison de l’organisation des modules en « blocs » de 2 à 4 semaines) et comme mon temps en dehors de l’école est compté, je m’efforce de rester concentré à 100% en classe. Un soir dans le bus du retour vers Durango, je suis tombé sur Dani, l’un de mes deux coéquipiers colombiens. Cycliste à plein temps, il était allé se faire masser. De mon côté, je n’envisageais même pas caser un massage dans mon planning. Je me contentais de quelques étirements après chaque entraînement. Un minimum pour prévenir les blessures, mais on est bien loin de l’effet du massage sur la récupération. Pourtant, je crois que j’aurais aussi mérité un petit massage puisque comme Dani, j’étais aligné sur toutes les manches de Coupe.

Dans l’échappée du jour au trofeo Guerrita – Photo Facebook Trofeo Guerrita

Mais l’envie et la motivation ont compensé la fraîcheur ! Ce gros bloc de courses a tenu toutes ses promesses. Nous y avons vécu des bons moments comme la 2ème place de Dani (visiblement bien massé) sur le Trophée Guerrita, au terme d’une journée durant laquelle j’ai pu participer à une grande échappée. Il y a aussi eu des déceptions, notamment au niveau du classement par équipes : malgré un investissement certain et des courses très (trop ?) actives, nous évoluons actuellement dans le bas du classement de la Coupe. A plusieurs reprises, nous ne sommes pas loin de réaliser LA course de référence qui nous fait défaut, mais il nous manque à chaque fois, pour des raisons diverses (chute, méforme, sacrifice en première partie de course…) un 3ème coureur bien placé pour compléter le classement par équipe. La Coupe n’est pas terminée, il reste encore 2 manches en mai pour tenter à nouveau d’aller chercher des points.

A titre personnel, j’ai senti que je montais en puissance au fil des courses. Jusqu’à ce week-end où justement, j’ai un peu « coincé » dans les bosses. J’arrive en bout de cycle, heureusement les prochaines semaines vont être plus légères avec moins de déplacements, je devrais pouvoir retrouver de la fraîcheur.

La Coupe d’Espagne, c’est aussi la vie de groupe hors du vélo.

J’ai tout de même pu me faire plaisir sur plusieurs courses, dans un rôle de chasseur d’échappées que j’apprécie, même si ça m’a souvent fait faire de gros efforts en première moitié de course, efforts qui se paient toujours dans le final. Je sens les bénéfices de l’hiver, j’ai retrouvé un peu de « giclette ». L’an dernier j’étais incapable de poser une attaque sèche et tranchante, aujourd’hui c’est mieux. Mais je suis quand même limité donc j’essaie de bien analyser les situations pour « sentir le bon coup ». Cela a fonctionné au Trophée Guerrita : une bonne partie de la journée à l’avant, avant d’être repris au sommet du premier col. Au mémorial Momparler deux semaines plus tard, ça aurait aussi presque pu être le coup parfait : après plus d’une heure de course très disputée sur un terrain difficile, j’ai réussi à m’isoler avec un groupe d’une douzaine de coureurs. Je ne connais pas bien le peloton espagnol, mais il m’a semblé reconnaître quelques costauds et surtout, plusieurs grosses équipes étaient représentées. En vérité, c’était une échappée « royale » : le directeur sportif m’a dit que, lorsque les dossards ont été communiqués sur le canal radio de la course, il a tout de suite pensé que l’échappée du jour venait enfin de prendre forme, car il y avait vraiment du beau monde !

Pas le temps d’admirer le paysage ! Photo Adrian Sainz

Mais le problème, c’est que tout le monde a reçu cette information alors même que nous n’avions que 30 secondes d’avance. Les oreillettes, autorisées depuis cette année en Coupe d’Espagne et sur d’autres courses du calendrier national, ont alors eu un impact énorme sur la course : l’équipe Lizarte, qui n’avait qu’un seul représentant à l’avant et ne voulait pas laisser filer des concurrents potentiellement dangereux, se sont immédiatement mis au travail pour nous rattraper. Devant, j’ai compris que ça sentait le roussi quand j’ai vu les deux Caja Rural (l’autre grosse équipe d’Espagne) qui ne passaient pas de relais, en grande conversation avec leur DS par oreillette interposée. Pas de chance pour moi… Aujourd’hui aussi au Mémorial Valenciaga, la course est restée verrouillée pendant deux heures, j’ai tenté à trois reprises de sortir dans des échappées à des moments opportuns mais sans jamais réussir à prendre le large.

Quand je ne suis pas en échappée, j’apporte ce que je peux à l’équipe, que ça soit sur de simples missions « ravitaillement » ou en prêtant main forte aux leaders, comme le jour où Dani a eu un coup de moins bien dans un col et où j’ai pris la décision de l’attendre. C’était un moment de la course très tendu, j’ai averti dans l’oreillette qu’il était en souffrance et que je l’attendais. Mais dans ce cas de figure c’était vraiment à moi de prendre la décision seul car le peloton était en train de se fractionner dans la montée, j’avais une vision de la course que le DS ne pouvait pas avoir depuis la voiture.

J’ai aussi connu de véritables galères, comme lors du Prix du Printemps disputé dans les plaines de Castilla-la-Mancha balayées par le vent. Après deux heures de courses très nerveuses à lutter pour me faire ma place, j’ai été stoppé net par une chute se produisant juste devant moi, au moment même où se formaient des bordures… Impossible de revenir et ma course s’est terminée là.

En Andalousie, il ne pleut que quelques jours par an. Nous sommes vraiment chanceux ! – Photo Ana Dominguez Vilchez

Des échappées en montagne, des bordures dans les plaines, des circuits usants, des « missions gruppetto » : la Coupe d’Espagne a tenu toutes ses promesses. Il me reste encore un peu plus de six petites semaines avant de déjà terminer mon Erasmus. Six semaines qui vont également me conduire aux deux dernières manches de Coupe, mais aussi sur plusieurs courses au Pays Basque. Et notamment la course de Durango, dont l’arrivée est à 300 mètres de mon appartement…

Printemps basque, sur les hauteurs de Durango.

About the author

Mi-cycliste, mi-étudiant en ingénierie mécanique à l'INSA Lyon.
En échange Erasmus à l'Université du Pays Basque à Bilbao pour l'année 2018/2019. J'ai regardé 300 fois "l'Auberge Espagnole" et "Le vélo de Ghislain Lambert" avant de me lancer dans l'aventure.

Comments

  1. Merci Hugo de nous faire vivre ton aventure espagnole. Je ne suis pas surpris par ton sens de l’organisation que j’avais pu évaluer l’an passé. Coté sportif, ça va performer un jour prochain sans aucun doute, il faut que tu laisses ton nom à la postérité espagnole !!
    Sportivement
    Guy

    1. Merci pour ton message Guy. Oui les sensations s’améliorent et je vais vite avoir l’opportunité de jouer ma carte personnelle, il faudra la saisir !
      J’ai appris la disparition de Lulu, je suis de tout cœur avec le LSE en ces moments difficiles.
      À bientôt

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